Portrait d'Olivier Hamant pour la conférence La robustesse, l'art de durer

Récoltes

Récoltes de la conférence La robustesse, l'art de durer

Repères d'écoute et traces de la conférence inversée avec Olivier Hamant, publiée par Dynamo dans le balado L'ère du CO.

Le 8 juin 2026, Dynamo, Niska, Céline des Ligneris et Olivier Gourment ont proposé une conférence inversée avec Olivier Hamant autour de la robustesse. Les questions posées à Olivier Hamant avaient été préparées à partir des préoccupations transmises par les participant·es lors de l'inscription.

Dynamo a publié la captation audio de cette rencontre dans son balado L'ère du CO.

Écouter l'épisode sur le site de Dynamo

Ce qui était en jeu

La rencontre cherchait à relier les principes de robustesse du vivant aux réalités québécoises et nord-américaines: territoires marqués par l'extraction, filet social porté en partie par le milieu communautaire, influence des imaginaires de croissance, effets visibles des dérèglements climatiques, et besoin de créer des espaces d'apprentissage entre personnes, organisations et territoires.

Le format inversé partait des questions plutôt que d'une conférence descendante. Il a permis d'aborder la robustesse depuis les tensions concrètes vécues par les organisations: épuisement, financement, reddition de comptes, spécialisation, dépendances, rapport au territoire et difficulté à ralentir.

Repères d'écoute

Robustesse et performance

Olivier Hamant situe la robustesse comme un changement culturel face au culte de la performance. La performance reste utile dans certains moments précis, comme l'intervention d'urgence, mais elle devient fragilisante lorsqu'elle structure toute l'organisation en continu.

La robustesse invite plutôt à créer des marges de manoeuvre: redondance, diversité, lenteur, hétérogénéité, possibilités de bifurcation. L'enjeu n'est pas de rebondir vers le monde d'avant, mais d'élargir l'espace de viabilité.

Résilience, post-croissance et transformation

L'échange distingue la robustesse de la résilience. La résilience peut encore porter l'imaginaire d'un retour après le choc, alors que les crises actuelles sont multiples, continues et souvent simultanées.

La post-croissance est présentée comme une manière de penser la viabilité sans dépendre de la croissance économique. L'entreprise n'est pas exclue de cette transformation: elle peut devenir un lieu de socialisation, d'apprentissage et de bascule culturelle, à condition de remettre la rentabilité au service de la robustesse du territoire.

Spécialisation, compostabilité et innovation

Plusieurs exemples du vivant servent à montrer le risque de l'hyperspécialisation: ce qui est très adapté à une niche stable devient peu adaptable lorsque le contexte change.

La rencontre invite aussi à penser la fin des projets. Plutôt que chercher seulement la pérennisation, une organisation peut se demander ce qu'elle transmettra, ce qui pourra essaimer, et comment ses apprentissages resteront compostables après elle.

Dans cette perspective, l'innovation ne consiste pas à atteindre exactement l'objectif prévu. Elle commence souvent quand quelque chose résiste, surprend ou oblige à changer de chemin.

Lenteur et délais fiables

La robustesse ne valorise pas la lenteur pour elle-même. Elle invite plutôt à distinguer les délais les plus courts des délais les plus fiables.

Un délai fiable apaise les relations entre fournisseurs, équipes, partenaires et bénéficiaires. Un délai seulement raccourci peut mettre tout le monde en tension et déplacer le coût de la performance sur les personnes.

Premières Nations, territoire et apprentissage

Une partie importante de la discussion porte sur le rapport au territoire et aux peuples premiers. Olivier Hamant rappelle que la robustesse n'est pas un retour en arrière ni une appropriation de formes anciennes. Elle peut plutôt inviter à hybrider: reconnaître ce que le monde de la performance a produit, voir ses fragilités, et apprendre à renouer avec le vivant, les temporalités longues et les interdépendances.

La question posée par les Kogis lors d'un diagnostic de santé commune en France revient comme un repère fort: comment apprendre lorsque le vivant est tenu à distance?

Milieux communautaires, santé et éducation

Le milieu communautaire, la santé, l'éducation et les organisations de soin sont abordés comme des lieux où la performance peut devenir épuisante: faire toujours plus avec moins, par conviction, sans bouton d'arrêt.

La piste proposée est de reconstruire des marges de manoeuvre collectives: savoir dire « j'ai besoin d'aide », exposer les vulnérabilités, mutualiser, transformer les appels à projets compétitifs en appels à communs lorsque c'est possible, et remettre les ressources financées publiquement en circulation.

Coopération, collaboration et communs

Olivier Hamant définit la coopération comme le fait d'aller contre sa performance individuelle pour nourrir la robustesse du groupe. Dans le contexte québécois, l'échange fait le pont avec le vocabulaire de la collaboration.

La coopération suppose une posture basse: reconnaître ce qu'on ne sait pas faire seul, demander de l'aide, accueillir l'expertise située des autres, et créer des liens avec des personnes ou des milieux qui ne travaillent pas habituellement ensemble.

L'échange revient aussi sur le vocabulaire de l'« impact ». Olivier Hamant propose de lui préférer la transformation lorsqu'il s'agit de changements relationnels, territoriaux et durables.

Capitalisme, extraction et économie de la fonctionnalité

La discussion ne réduit pas la robustesse à une posture anticapitaliste. Elle cible plus largement l'extractivisme: l'épuisement successif de nouvelles ressources pour maintenir la performance.

Une alternative évoquée est l'économie de la fonctionnalité et de la coopération: moins de biens jetables, plus d'objets robustes, réparables, partagés et situés dans le territoire. L'économie vient alors après le soin des milieux naturels et le lien social, plutôt que comme contrainte première.

Créer des moments d'arrêt

Pour sortir de l'emprise de la performance, Olivier Hamant insiste sur l'importance des moments d'arrêt: pauses, séjours sabbatiques, rencontres artistiques, crises rendues visibles, espaces où les dissonances peuvent être regardées.

La pandémie est relue comme un arrêt qui n'a pas tout transformé immédiatement, mais qui a semé des graines: nouvelles attentes au travail, désir de semaine de quatre jours, mobilités différentes, besoin d'autres rythmes.

Olivier Hamant la relit aussi comme une « syndémie »: non seulement un virus, mais une maladie du système, révélée par les comorbidités, les flux mondialisés et l'optimisation hospitalière.

Temps long, court terme et fluctuations

Dans un monde fluctuant, le long terme arrive au présent. La robustesse n'est donc pas seulement une affaire de pérennité lointaine: elle consiste à se préparer maintenant à des écarts qui peuvent survenir plus tôt que prévu.

L'exemple donné oppose deux façons de penser l'adaptation: construire des digues si l'on regarde seulement la moyenne, ou imaginer des habitats amphibies si l'on prend au sérieux les fluctuations.

Le repère proposé est de regarder davantage la variance, les écarts et les fluctuations que la seule moyenne.

Faire un safari de la performance

En conclusion, Olivier Hamant propose de commencer par un « safari de la performance » dans le vocabulaire et les pratiques quotidiennes. Plusieurs mots et réflexes hérités du management de la guerre peuvent être débusqués: mission, impact, compétitivité, contrôle, sécurité pensée comme surveillance.

Une deuxième piste consiste à repérer les non-performances qui nourrissent déjà la robustesse: pause café, délais fiables plutôt que délais courts, redondances, synonymes et polysémie dans le langage, diversité des activités, moments de rencontre et de friction fertile.

Sécurité, contrôle et sérénité

La discussion distingue aussi la sécurité obtenue par le contrôle de la sécurité qui tend vers la sérénité. Le contrôle peut être nécessaire dans certains moments, mais le tout-contrôle peut devenir une faille et nourrir une dérive sécuritaire.

Les marges de manoeuvre, les redondances, la diversification des activités et les liens de confiance produisent une autre forme de sécurité: moins spectaculaire, mais plus robuste.

Communautés apprenantes

La conférence se termine sur l'importance des communautés apprenantes sur la robustesse: des groupes situés, territoriaux ou thématiques, où plusieurs personnes cherchent à enrobuster leurs projets en apprenant ensemble plutôt que chacune dans son coin.

Ces communautés développent une expertise émergente, plurielle et située. Elles peuvent devenir des lieux de coopération, d'explicitation des désaccords féconds, de partage d'outils et de transformation territoriale.

Questions pour prolonger

  • Dans nos organisations, quelles non-performances nourrissent déjà la robustesse?
  • Quels mots de performance utilisons-nous sans les voir: impact, mission, compétitivité, contrôle, efficacité?
  • Quels projets gagneraient à être pensés en termes de compostabilité plutôt que de pérennisation?
  • Où avons-nous besoin de délais plus fiables plutôt que de délais plus courts?
  • Quelles ressources financées publiquement pourraient devenir de vrais communs?
  • Où pouvons-nous dire plus tôt « j'ai besoin d'aide »?
  • Quels liens au territoire, au vivant et aux savoirs situés manquent dans nos façons d'apprendre?

Ressources citées ou proposées

  • Larobustesse.org
  • L'épisode publié par Dynamo
  • Pour une pensée systémique, Donella H. Meadows
  • L'Événement Anthropocène: La Terre, l'histoire et nous, Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz
  • Bigger Than Us, film de Flore Vasseur
  • La théorie du boxeur, film de Nathanael Coste
  • Claire Pentecost, Soil-Erg
  • Chroniques d'un monde qui craque, Olivier Hamant
  • L'entreprise robuste: pour une alternative à la performance, Olivier Hamant
  • De l'incohérence: philosophie politique de la robustesse, Olivier Hamant
  • Antidote au culte de la performance: la robustesse du vivant, Olivier Hamant
  • La troisième voie du vivant, Olivier Hamant

Suites québécoises mentionnées

La fin de l'épisode rappelle plusieurs prolongements au Québec: les cafés robustes à l'érable, les ateliers-discussions à Montréal et Sherbrooke, le FOREM 3 du 19 juin 2026 à la Maison du développement durable, et l'émergence souhaitée de communautés apprenantes sur la robustesse.